Association internationale des sociologues de langues française Association internationale des sociologues de langues française

Version imprimable

AISLF ->>> Mémoire

Robert CASTEL

Robert Castel : un sociologue critique (27 mars 1933-12 mars 2012)

Robert Castel était assistant de philosophie chez Éric Weil à Lille lorsqu’il rencontra Pierre Bourdieu ; le Centre de sociologie européenne était dirigé alors par Raymond Aron et c’est ainsi que Castel se lança dans une thèse sous sa direction. Castel est Maître-Assistant à la Sorbonne en 1968 lorsqu’il devient l’un des formateurs du département de sociologie du Centre expérimental de Vincennes, devenu plus tard Université de Paris VIII à Saint-Denis. En 1990 il entre à l’EHESS comme Directeur d’études. Jusqu’aux dernières années, il continuera à y animer des séminaires.

Ce froid curriculum vitae rend mal compte de la trajectoire d’un « miraculé de la République ». Cet agrégé de philosophie - il avait dû ainsi affronter des épreuves de latin et de grec - avait comme premier diplôme un CAP d’ajusteur !

Robert Castel se voulait et était un sociologue critique : sa femme, Françoise Castel, psychiatre et directrice d’un hôpital psychiatrique, lui a permis de connaître le mouvement de désinstitutionalisation qui a conduit en Italie à supprimer les hôpitaux psychiatriques pour faire sortir les fous des hospices. Ces expériences furent pour Robert Castel décisives pour sa connaissance des institutions qui, en établissant une relation de tutelle médicale, réinscrivent la folie dans l’ordre social. Ceux qui exercent un pouvoir s’aveuglent sur ce qui est au principe de leur pouvoir.

Au milieu des années 1980, Castel prend une orientation nouvelle. Les Métamorphoses de la question sociale (1995), tout en prenant acte de la cessation définitive de la lutte des classes, montre que l’élargissement de la propriété individuelle en propriété sociale et sa garantie par l’Etat ont pu, et pourraient peut-être encore, garantir à l’individu une marge suffisante de liberté et de sécurité acceptable. Les œuvres de la post-retraite expriment une inquiétude croissante devant l’effritement continuel de l’État social ; plutôt que de stigmatiser les jeunes travailleurs sans emploi, il faut les expliquer par la « désaffiliation » progressive en cours. Réformiste de gauche, durkheimien, Robert Castel ne croyait pas que l’on peut construire un ordre social en dehors de la réalité ; il opposait au néolibéralisme que l’individu ne peut être libre dans le dénuement et la stigmatisation. Une philosophie sous tendait une considérable activité sociologique. Nous avons perdu un ami.

Pierre Lantz

Robert Castel, qui était membre de l’AISLF, était grand conférencier au dernier Congrès de l’association qui s’est tenu à Rabat (Maroc) en juillet 2012.