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Les inégalités sociales « par le bas »

31 janvier 2017

Dans le cadre d’un colloque qui se tiendra du 11 au 12 mai 2017 à Montréal (Canada), un appel à communications est lancé sur le thème des inégalités sociales « par le bas ».

Date limite de proposition : 31 janvier 2017

Thématique

La croissance des inégalités sociales en Amérique du Nord et en Europe a fait l’objet, ces dernières années, d’une analyse approfondie par des chercheurs de renom en économie. Principalement d’ordre quantitatif, ces analyses mettent en évidence l’appauvrissement croissant, dans la zone des pays de l’OCDE, d’un nombre considérable de personnes tandis que s’enrichie parallèlement une minorité d’individus.

Si ces études macroéconomiques montrent la croissance significative des écarts de revenu et contribuent à remettre au jour la question des inégalités, elles tendent néanmoins à offrir une lecture sociologique parfois simplifiée. D’une part, elles contribuent à nourrir une représentation binaire du monde social où règnerait une fracture entre le 1 % des plus puissants et la masse indifférenciée des 99 %, laissant de côté la « longue cascade d’inégalités plus fines » qui s’observent entre les grandes inégalités de conditions. Ainsi, en focalisant sur les écarts de revenu entre les riches et les pauvres, ces études macroéconomiques peuvent avoir tendance à rendre plus opaques l’émergence et la reproduction de conditions inégalitaires entre les individus et les groupes qui ne soient ni de la minorité la plus riche, ni des plus pauvres.

Dans les autres sciences sociales, la question des inégalités sociales réunit un ensemble de travaux de recherche extrêmement riches et diversifiés, autant sur le plan des traditions intellectuelles que des méthodes. Bien qu’ils aient pour la plupart comme objectif louable de dénoncer le caractère injuste des inégalités, si ce n’est leur ampleur indécente, plusieurs de ces travaux tendent à emprunter un appareillage théorique et conceptuel totalisant ou surplombant qui offre peu de prise analytique sur ces inégalités plus fines, tantôt en les réduisant aux grands rapports sociaux qui les sous-tendent, tantôt en réunissant sous un même vocable (pauvreté, vulnérabilité, exclusion, souffrance sociale) des situations très différenciées les unes des autres. À l’inverse, lorsque la focale se fait moins surplombante en étant tournée vers la pluralité des catégories d’acteurs (selon l’âge, l’origine ethnique, le sexe, etc.) et critères d’inégalités (revenus, héritages, capitaux culturels et sociaux, pouvoir, mobilité sociale, etc.), le risque est parfois de tomber dans une démarche descriptive qui, tout en accordant une plus grande attention aux différences et intersections entre catégories, peine à la généralisation. En outre, la focale est le plus souvent jetée sur les classes populaires ou les groupes les plus défavorisés, laissant de côté l’étude des inégalités qui se jouent un peu plus haut dans la structure sociale et qui mettent au jour d’autres groupes d’acteurs (hauts fonctionnaires, directeurs d’entreprise, immigrants qualifiés ou investisseurs, etc.) avec néanmoins certaines formes d’influence sur le reste de la population.

Finalement, si les inégalités sociales résultent certes des grands rapports de production économique, elles ne s’y réduisent pas dans la mesure où d’autres axes de détermination, comme la race et le sexe pour ne nommer que ceux-là, participent aussi à leur (re)production. Les frontières qui autrefois pouvaient opposer radicalement les classes sociales se diffractent aujourd’hui en une pluralité de niveaux de différenciation sociale qui tendent à accroître « la sensibilité des individus aux inégalités les plus proches ». L’adoption d’une loupe grossissante peut ainsi faciliter le repérage de l’articulation complexe des inégalités et mettre l’accent sur le « travail des frontières » (boundary work) opéré par les individus et les groupes en fonction des contextes d’action. Qui plus est, alors que les différentes positions sociales sont objectivement observables, un regard en-deçà de cette structure statique des inégalités sociales permet d’entrevoir qu’elles ne sont pas occupées en tout temps par les mêmes individus.

Ce colloque propose donc de se saisir de l’actualité de la question des inégalités afin de les aborder et les réfléchir « par le bas », en empruntant une focale d’observation microscopique couplé à un raisonnement inductif. Cette perspective a bien été développée, il y a plusieurs années, par des sociologues de la tradition de Chicago, mais force est de constater que ses apports théoriques peinent à être reconnus dans les travaux contemporains prenant pour entrée la question des inégalités sociales.

Les communications pourront s’inscrire dans l’un ou plusieurs des axes suivants :

  • Axe 1 – Les traitements inégalitaires au quotidien
  • Axe 2 – Action publique et inégalités sociales
  • Axe 3- Inégalités ressenties et action collective
  • Axe 4 – S’engager sur les terrains sensibles de l’inégalité

Modalités de soumission

Regroupés en panels autour de ces thématiques ou d’autres, les présentateurs disposeront de 15 à 20 minutes pour leur communication et chaque panel sera suivi d’une période de discussion de 20 minutes.

Les propositions de communications (titre ; nom, affiliation et courriel des présentateurs ; ainsi qu’un résumé d’un maximum de 1500 caractères, espaces compris) doivent parvenir à Dahlia Namian ou à S. Garneau d’ici le 31 janvier 2017.

Télécharger l’appel complet.