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L’Homme et la société, « Humanité et animalité »

30 octobre 2017

La revue L’Homme et la société lance un appel à contributions sur le thème « Humanité et animalité ».

Date limite de proposition : 30 octobre 2017

Thématique

Depuis quelques décennies, la conjonction d’une pensée philosophique centrée sur l’interspécisme et l’éthique de l’environnement, des travaux en nombre croissant d’éthologues renouant avec la sociobiologie, de nombreux textes de psychologues évolutionnistes et de paléontologues, mais aussi le travail militant de certaines fractions du mouvement de défense des animaux ainsi que du mouvement écologiste (« deep ecology ») ont réanimé un débat très ancien sur les relations entre humanité et animalité. Ces courants remettent en cause l’anthropocentrisme, tant celui de l’analyse que celui de la posture éthique ou politique ainsi nommée. Ce débat était déjà vif au 19e siècle du fait de la place nouvellement donnée dans la pensée les sciences sociales et humaines au lamarckisme puis, plus particulièrement, au darwinisme. Il s’inscrit donc, durant ce siècle, dans la révolution que l’évolutionnisme de Darwin introduit dans la pensée sociale, laquelle se trouve pervertie par sa version spencérienne plaquant les lois de la biologie sur l’explication de l’histoire humaine. Il prolonge, par ailleurs, une longue tradition de réflexions sur la différence animalité / humanité, partant de l’Antiquité grecque (Aristote), que la Renaissance reprend avec Montaigne et qui se poursuit au 18e avec Condillac ou, par exemple, avec la controverse Voltaire / Rousseau sur les spécificités de l’être humain.

De plus en plus d’auteurs mettent en cause aujourd’hui le clivage fondateur de l’humanisme, la hiérarchie des espèces, et considèrent que « l’être humain n’a pas plus de droits qu’une souris » ou encore que « l’animal est une personne ». En nombre croissant, des personnes donnent des noms humains à leurs animaux de compagnie, transgressant un vieil interdit tacite (qui tend à disparaître) provoquant ainsi de moins en moins le malaise que Lévi-Strauss évoquait, en 1962 dans La pensée sauvage, à propos de l’anthroponymie des animaux de compagnie. Les intentions de legs d’un patrimoine à des animaux se multiplient au 20e siècle dans tous les pays riches. Un sociologue français, Michel Fize, propose une candidature aux élections présidentielles de 2017 en vue de défendre la cause animale confondue avec celle du vivant, non sans le soutien de Brigitte Bardot. La prise en compte de la souffrance animale, considérée de nos jours comme de plus en plus légitime, déborde des arènes de corrida, des exploitations de gavage des oies ou des enclos de combats de coqs, pour gagner les abattoirs, les champs de course, et elle atteint – quelquefois sur fond de relativisation des souffrances humaines – le bord des rivières où l’on pêche, les rues des villes, voire les foyers où des chiens agressent des êtres humains par milliers en France, selon l’Institut de veille sanitaire.

Du côté « biocentrique », est vitupérée « la métaphysique du sujet », tant le travail d’individuation personnelle que celui de l’action collective et des mouvements sociaux, au nom d’un ensemble de déterminations organiques, que modifient lentement des mécanismes adaptatifs et utilitaires. La réinterrogation du concept de « nature humaine » véhicule un renforcement du relativisme et du paradigme utilitariste dans les sciences sociales : c’est en termes d’intérêts que sont interprétés les comportements et relativisées les différences humains / animaux. La défense de « la cause animale » va jusqu’à éviter l’alimentation carnée ou des animaux de la mer, voire jusqu’à proscrire tous les produits dérivés des animaux quels qu’ils soient (veganisme), en défendant l’ensauvagement de toutes les espèces non humaines ; sans préciser pour autant quel sera le sort des animaux de compagnie si ce mouvement atteint ses objectifs et se généralise.

Du côté anthropocentrique, est défendue une spécificité sociohumaine assise sur une posture universaliste se libérant du biologique pour mieux souligner la construction symbolique et sociale des modèles comportementaux, des points d’appui institués et des rapports de force les modifiant, souvent par des ruptures historiques. Cet anthropocentrisme apparaît chaque jour plus décalé par rapport à la prise en compte raisonnée de la question du bien-être animal (dans les élevages et abattoirs industriels) et de certaines luttes écologiques visant la préservation des espèces en voie de disparition, mais aussi au regard des craintes de régression naturaliste qu’expriment les écoféministes (Larrère), en particulier l’interprétation biologique des différences humain / animal, des conflits, de la séduction, voire de la religion.

L’enjeu de ce dossier est de mieux comprendre les fondements et les implications du combat entre ces deux philosophies, ces deux anthropologies, ces deux éthiques – aux accents quelquefois religieux, car une partie de ceux qui défendent la cause animale croient en la réincarnation, alors que, chez les anthropocentristes, on espère fréquemment incorporer des qualités positives en absorbant certaines parties d’animaux particuliers –, selon la place donnée, d’un côté, aux animaux ou à la nature animée et, de l’autre, aux humains ou aux institutions. En éclairant ce qui les rend pour l’instant radicalement incompatibles les deux positions, pourraient se tracer les linéaments d’une clarification de la querelle naturalisme / institutionnalisme. Au-delà de ce débat, le mouvement de sensibilité à l’égard de la cause animale – qui n’est pas seulement culturel et social mais également scientifique – et les différentes sortes d’amalgame humanité - animalité touchent aux fondements de l’anthropologie, tant à la définition des limites de l’humain qu’à ses spécificités, et bouleverse les conceptions de la « personne ».

Modalités de soumission

Les articles – saisis en double interligne, envoyés en Word et en PDF avant le 30 octobre 2017 – ne devraient pas excéder une longueur de 50 000 signes (ponctuation et espaces compris, avec une tolérance de +10%) et les comptes rendus en rapport avec ce dossier, 10 000 signes. Les références bibliographiques figurent en notes de bas de page.

Les textes sont à envoyer simultanément aux deux adresses suivantes :
Stéphane Corbin, Salvador Juan.

Télécharger l’appel complet.